MAYOTTE
Le président du conseil général, A.A. Douchina et le sénateur Adrien Giraud, à la tribune
... Actu du 97.6
Mercredi 02 Décembre 2009 L'actualité mahoraise gel des prix des barges et apurement du déficit demandé à l'Etat
Le président du conseil général avait convié les forces vives de Mayotte à une réunion de travail sur la difficile gestion de son déficit, « en dépassant les polémiques ». Assemblée qui s'est tenue dans un climat particulier dû au conflit en Petite Terre.
'est dans une ambiance solennelle qu'a commencé la réunion de travail sur la « meilleure manière de préparer la départementalisation de notre île » dixit Ahamed Attoumani Douchina, « dans un contexte de morosité économique que connaît la collectivité, et en dépassant les polémiques stériles ». La gravité était de rigueur, tant le conflit de la journée en Petite Terre avait marqué les esprits, se soldant par plusieurs blessés, dont un gendarme grièvement atteint.
La réunion de travail était en fait jouée d'avance, puisque tous, des sénateurs aux maires, en passant par les conseillers généraux et les syndicats mixtes étaient venus pour argumenter sur un apurement de la dette par l'Etat. Seul le conseiller de Mamoudzou III s'est remis en cause, en parlant au nom des élus.
« La situation est grave : quand la Collectivité ne va pas, c'est l'ensemble des partenaires qui en souffrent, les communes, les syndicats intercommunaux, les associations » entamait le président Douchina, « mais le Conseil général ne doit pas culpabiliser. Réfléchissons ensemble sur la manière de nous en sortir, car l'Union fait la force. Et regardons autour de nous : quand La Réunion éternue, ce sont des euros que l'on trouve pour agir. Les pays endettés voient leur dette apurée ».
C'est avec une tonalité grave que le sénateur Adrien Giraud a expliqué les évènements se déroulant en Petite Terre : « A tout moment, on peut m'annoncer un décès. Nous vivons une situation qui risque de ternir le travail de nos anciens, et celui des élus aujourd'hui. Nous avons voté à 95 % pour la départementalisation, mais notre statut n'est pas encore ancré. Le Conseil général de Mayotte a été désacralisé. Mais c'est aussi parce que le pouvoir qu'avait la Préfecture a été donné aux conseillers généraux, alors que les finances n'ont pas suivi, et des travaux qui devaient être payés par l'Etat, le sont par le Conseil général ».
« Toutes les Collectivités des DOM sont en déficit » surenchérit le sénateur Soihabadine Ibrahim Ramadani, « mais les autres ont davantage de ressources comme l'octroi de mer ou la taxe d'habitation ».
Seul Jacques Martial Henry, le conseiller de Mamoudzou III a fait un mea culpa utile : « Nous-mêmes sommes un problème pour nous-mêmes ! Quand nous octroyons par exemple une subvention aux communes sans même voir la délibération du maire ».
Alain Mhamadi Abdou : « Pourquoi devrions-nous voyager en bétaillère ? »
Et c'est un Ibrahim Aboubacar, conseiller de Sada, démonté qui harangue l'assistance : « on demande des efforts à la population pour boucher le trou de 72 millions d'euros, mais c'est impossible puisque le rythme de croissance des recettes de la Collectivité ne suit pas la croissance des besoins de la population. De plus, nous sommes la Collectivité la moins dotée de toutes. Un des moyens pour nous en sortir est le Pôle universitaire, qui nous évitera de dépenser en bourses étudiantes. Donc, pas de vacances de Noël cette année pour les élus car tout le monde est dans la merde ».
« De l'extérieur, tout le monde pense que les élus du Conseil général sont des imbéciles, il ne nous faut pas un président, mais un faiseur de miracles » s'exclamait Mhamadi Abdou, conseiller général de Bandraboua, « mais une collectivité ça ne sait pas rentrer de l'argent, ça consomme. L'Etat français lui-même est en déficit qui se compte en milliards d'euros. Et pourquoi serions-nous des élus au rabais ? Les élus de La Réunion ne voyagent pas en bétaillère, alors pourquoi devrions-nous le faire ? »
C'est à coup sûr l'intervention qui remporte le record de l'indécence. Car lorsque le budget d'un ménage est dans le rouge, cherche-t-il seulement à voyager ?
La réunion de travail se solde par un accord : la demande à l'Etat d'apurer le déficit.
Face au conflit de Petite Terre, et après avoir eu Marie Luce Penchard, la ministre de l'outre-mer au téléphone, le président Douchina annonce le gel de la décision de hausse des tarifs des barges de 25 centimes, et la non présentation du rapport en séance du lendemain. Des négociations seront reprises.